Coups de coeur·Lectures 2019

Feel good de Thomas Gunzig… dans « ma rentrée littéraire » !

    Ma rentrée littéraire

J’ai eu un énorme coup de cœur de rentrée pour ce titre de Thomas Gunzig que j’ai absolument dévoré… J’aime véritablement quand un auteur sait manier ainsi la satire sociale, fait pour autant avancer des personnages auxquels on ne peut s’empêcher de s’attacher, et en profite pour égratigner le monde du livre et ses travers médiatiques. J’ai vu également un clin d’oeil au fabuleux destin de JK Rowling dans ce livre, mais là je spoile un peu. Vous l’aurez compris, Feel good n’est pas vraiment un roman feel good, mais un roman qui sait s’amuser de la mise en abyme, s’amuser des codes du roman feel good, s’amuser du lecteur, s’amuser tout court. A priori, je déteste utiliser des termes éculés comme « jouissif » ou « une claque » mais ils collent parfaitement cette fois-ci à mes ressentis. Je les garde quand même entre guillemets (n’exagérons rien), il ne faudrait pas s’habituer. L’histoire ? Alice, vendeuse de chaussures, se retrouve du jour au lendemain sans travail. Mère d’un jeune garçon, déjà marquée par une enfance où tout était compté, la voici, la quarantaine bien tassée, au bord du gouffre financier. Ni une ni deux, elle décide de kidnapper un bébé afin de réclamer une rançon. Mais ce bébé ne semble appartenir à personne, et surtout pas au père présumé, Tom, qui s’étonne qu’Alice lui réclame de l’argent. Lui, est un écrivain au succès très mitigé, qui écrit des romans un peu bizarres, publiés chez un petit éditeur obscur qui garde tout de même confiance en son auteur. Les parents de Tom lui ont toujours affirmé qu’il était exceptionnel et voué à un destin similaire. Aujourd’hui, Tom doute. Sa femme et sa fille ont quitté la maison, le voici seul, et lui aussi au bord du gouffre financier. Le message d’Alice arrive donc à point nommé. Il propose à Alice de raconter son histoire. Mais Alice a une meilleure idée, celle de fomenter un braquage, un braquage littéraire… Je ne vous en dirai pas plus sur l’intrigue car ce roman a avant tout le talent de très bien décrypter notre société et notamment la précarité sociale. J’ai été très impressionnée, moi qui ai parfois connu le chômage et le manque d’argent dans ma vie, de voir combien l’auteur a su rendre ce sentiment d’étouffement que l’on ressent alors, la honte et l’anxiété du quotidien. J’ai aimé aussi sa vision du milieu littéraire. Il pointe d’ailleurs du doigt les dérives actuelles qui font du livre un objet de mode jetable (à son détriment futur ?). Certains passages sont d’ailleurs hilarants de vérité. Bref, ne passez pas à côté de ce roman absurde et magnifique, drôle, étonnamment aussi souvent émouvant, vous ne regretterez pas le voyage !

« Il me fallait de l’argent, c’est tout. Peut-être qu’ici personne n’a connu ça, le besoin d’argent. Le vrai besoin d’argent ! Pas de l’argent pour vivre, mais de l’argent pour survivre. Et à un moment, pour cet argent, j’ai tout essayé. J’étais prête à travailler, j’étais prête à faire n’importe quoi. Mais c’est simplement qu’il n’y avait plus de travail. Et quand il y en avait, ça ne me permettait même pas de survivre. Ce n’est pas que je voudrais être riche, j’aurais rien contre, évidemment, mais c’était pas le but. C’est juste que le monde étant comme il est, on ne sait pas y vivre sans argent. Et si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à essayer. C’est juste pas possible. »

 Au diable Vauvert – 22 août 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Sylire
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