Lectures 2021

Cafés crème, Charles Lancar

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Vous avez envie de retourner dans un café ? C’est justement ce voyage que vous propose Cafés crème… Jean-Louis tient le café La Chaumette, rue de Sèvres à Paris. C’est un café, encore dans son jus, qui semble être resté coincé dans un autre temps. Viennent s’y poser toutes sortes de personnages, un écrivain, une avocate, un aveugle, des lycéens turbulents, un macho gouailleur, etc. Derrière son comptoir, Jean-Louis aime observer tout ce beau monde, les écouter, mais il est aussi traversé de doutes, songeant parfois même à vendre… Nous rentrons, avec cette réédition pleine de charme d’un roman sorti au préalable en 2005, encore une fois dans les méandres d’un roman choral, où les personnages interagissent souvent sans le savoir, pour le plus grand plaisir du lecteur, qui lui sait tout. Car, hors les murs du café, les clients de Jean-Louis vivent leur vie et des évènements qu’il ignore. Francesco, le client macho est confronté à la rencontre amoureuse, mais aussi à la violence, l’avocate austère cède au charme de l’écrivain solitaire, l’aveugle entend un enfant hurler la nuit. Et c’est ce que j’ai beaucoup aimé dans ce roman, son aspect très lumineux qui rend toute sa puissance à son côté sombre. La violence est en effet très présente aussi dans Cafés crème. Un enfant a été enlevé sur les boulevards, les journaux relatent des meurtres, des arrestations, et le monde entre ainsi dans le café et est commenté. J’ai été très agréablement surprise par la qualité de ce roman que j’ai dévoré, qui m’a ému et qui est une très belle découverte que cette réédition bienvenue permet.

Editions Frison Roche Belles lettres – avril 2021

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Lectures 2021

Des diables et des saints, Jean-Baptiste Andrea… sélection prix Relay des voyageurs lecteurs

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Depuis 2018, on me propose de lire la sélection du Prix Relay des Voyageurs lecteurs, et c’est toujours une très belle expérience. Je vous présente aujourd’hui le premier titre sélectionné, d’un auteur que je n’avais encore jamais lu, mais qui a déjà reçu, pour ce livre, le Grand prix RTL Lire, un prix avec lequel je suis en général en phase… Dans Des diables et des saints, Jean-Baptiste Andrea nous plonge directement dans l’atmosphère d’un hall de gare. Un homme joue sur un de ces pianos laissés à la disposition de tous. Il attend quelqu’un, une rencontre. Et puis, il nous raconte ce qui l’a amené là, le décès brutal de ses parents lors d’un accident d’avion, son placement dans un orphelinat et l’enfer qu’il y a vécu. Je ne suis pas très adepte des histoires d’orphelinats et de pensions, mais j’ai aimé tout de suite, chez Jean-Baptiste Andrea, son ton ironique et détaché, qui ne cherche pas à tirer les larmes. Bien entendu, le lecteur n’échappe pas à quelques traits qui peuvent sembler caricaturaux, le méchant Grenouille qui prend plaisir aux sévices qu’il inflige à ses pensionnaires, le directeur aux comportements troubles, l’adolescent meneur et révolté, la jeune fille du château, Rose, belle et inaccessible. Et pourtant, Jean-Baptiste Andrea a le talent de nous donner le sentiment de lire un récit inédit, tant les personnages qui entourent Joseph, notre jeune pianiste, adepte de Beethoven, sont bien campés. Chacun a son histoire triste à raconter. Personne n’est meilleur qu’un autre, et même pas Rose. Et si l’orphelinat lugubre était le seul coupable de la violence qu’il génère ? Alors, il faudrait appeler au secours, tenter de s’enfuir, quitter à jamais ces lieux… C’est un roman qui m’a fait battre le coeur un peu plus vite, à plusieurs reprises, et dont j’ai aimé l’esprit. Je ne l’aurais sans doute pas lu sans cette opportunité, ce qui aurait été dommage. Un très beau roman donc, que l’on a envie de partager autour de soi.

Editions L’iconoclaste – janvier 2021

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Lu dans le cadre du…

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Lectures 2021

Vertiges, Fredric Gary Comeau

Lorsque Babélio m’a proposé ce titre, lors d’une opération masse critique privilégiée, j’ai hésité (trop de livres dans ma PAL) et puis son aspect choral a intrigué ma curiosité… Un jour gris, dans Paris, un attentat a lieu, dans une gare. Hope est présente, et apprend très vite la mort du petit Benjamin, un adolescent dont elle ne connaît rien, mais qui lui rappelle ce suicide à Tokyo auquel elle a assisté lorsqu’elle était enfant, un homme s’était jeté sous un camion devant elle. Suite à ce dernier événement, Hope décide de partir, peut-être pour rechercher le poète qui serait l’homme de sa vie, comme le lui serine sa mère, mais sans doute surtout… pour se perdre parfois, faire l’amour souvent et se trouver enfin. Elle rencontre Olivier, qui n’a rien apparemment de l’homme de sa vie, et qu’elle quitte brutalement, pour poursuivre son périple. Pendant ce temps, Naguib, gynécologue, fuit un quotidien qui l’enferme jusqu’à la nausée, Victor organise sa vengeance et Jesus, le poète, se cherche et apprend. D’autres personnages se heurtent dans ce roman très spécial, qui donne effectivement le vertige, tant par sa langue, que par le voyage qu’il entreprend. Et il a tout d’un roman choral, en effet, puisque les personnages se croisent (ou presque), comme par hasard, et leurs chemins sont intimement liés (sans qu’ils ne le sachent). Je suis ressortie de cette lecture à la fois déroutée, et admirative. Les chapitres sont parfois très courts et recèlent de très belles trouvailles. Mais le lecteur peut se perdre dans leur dédale. C’est un récit dont j’ai indubitablement aimé la poésie, peut-être moins l’histoire, tirée un peu par les cheveux. Cependant, alors que je feuillette les pages pour retrouver un extrait qui m’a plu, je me dis qu’il faudrait sans doute que je le relise, à présent que je connais la fin. Vous voulez savoir le fin mot de l’histoire ? Et bien, pour conclure mon propos, ce Vertiges est un drôle d’ovni.

« Hope marche sous la pluie. Elle se rappelle une période de son enfance où elle était convaincue qu’elle était atteinte d’une maladie rare et grave.
A la télévision, sa mère regardait souvent un film documentaire sur la vie de Martin Luther King en retenant ses larmes. Hope croyait que ce film était une sorte de téléthon ayant pour seul but d’aider les chercheurs à trouver un remède. Elle écoutait, émue, le Dr King crier de toutes ses forces : « Keep hope alive ! Keep hope alive ! »

Editions Faubourg Marigny – mars 2021

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Lu dans le cadre d’une opération Masse critique de chez Babélio
La page du livre sur le site

Lectures 2021

Le Club de la Pluie contre Satin-Noir, Malika Ferdjoukh

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Illustrations de Cati Baur

J’ai terminé mon mois d’avril jeunesse avec ce titre. Même si la collection Neuf poche est un peu jeune pour moi, j’ai craqué sur la couverture, le nom de cette série qui va bien avec mon logo (mes bottes de pluie), son résumé et les noms de Malika Ferdjoukh et de Cati Baur… Nous sommes, dans ce troisième volet, à Saint Malo où se tient le festival du livre. Les auteurs invités sont soumis aux habituels rituels : conférences, rencontres avec les classes et les lecteurs, repas en commun. Les enfants du Club de la Pluie, co-pensionnaires par ailleurs, sont enthousiastes à l’idée de rencontrer Jerry Austen et d’arpenter les travées du festival, leur chèque lire à la main. Mais d’étranges disparitions d’objets précieux ont lieu, un tableau, un livre rare et un bijou. Et Jerry Austen doit répondre à des questions gênantes. Il s’avère en effet qu’avant sa carrière d’écrivain, il était connu sous le nom de Satin-noir, un voleur bien connu. Que se passe-t-il donc ? Aidé de la fille de l’écrivain, en mal de sensations, le Club de la Pluie mène l’enquête… Bon, il faut bien avouer qu’effectivement la collection Neuf poche est un peu jeune pour moi, contrairement aux titres de la tranche d’âge supérieure, mais j’ai pris plaisir à rencontrer cette petite bande. Tout va très vite dans ce petit roman énergique. On y retrouve l’espièglerie de l’univers de Malika Ferdjoukh (Les quatre soeurs) et les dessins de Cati Baur que j’adore. Une jolie petite collection, dont je ne suis pas du tout la cible, mais qui plaira certainement aux adeptes du club des cinq, par exemple.

Editions Ecole des loisirs – mars 2021

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Lectures 2021·Objectif PAL

Le sel, Jean-Baptiste Del Amo… mon objectif pal du mois !

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Ce type de couverture attire tout naturellement monsieur à qui j’ai chipé ce livre pour le mettre dans ma PAL, il y a un moment de cela… Mais il ne m’avait rien raconté de son contenu. Jean-Baptiste Del Amo cite Virginia Woolf en incipit et nous avons le sentiment, en effet, en début de roman, d’être chez Mrs Dalloway ou dans Les heures de Michael Cunningham. Nous sommes en réalité à Sète, et Louise, veuve de pêcheur, doit recevoir à dîner ses enfants et petits enfants. Tout au long de la journée, jusqu’au dîner, vont remonter chez les protagonistes, des souvenirs souvent douloureux, beaucoup de rancoeur, et de fragiles moments de joie. Au-dessus de tout cela, flottent des fantômes, celui d’Armand, le père violent et complexe, celui de Léa, petite fille morte accidentellement et prématurément, celui de Fabrice, l’amant de Jonas, atteint du Sida. Louise a eu trois enfants avec Armand. Fanny, l’aînée, est la mère de Léa, mais aussi celle de Martin. Son couple ne s’est pas remis du drame et de l’absence. Albin, son frère, a été pris très tôt dans les filets d’Armand, éduqué comme un digne héritier de ses idées et de son savoir faire de pêcheur. Quelles sont les implications aujourd’hui de cette transmission ? Jonas, le plus jeune, le protégé de Louise, est gay. Il a été rejeté par son père, a connu le décès tragique de son amant Fabrice et tente aujourd’hui de vivre une vie sereine avec Hicham, son compagnon. Personne n’a réellement envie d’aller dîner chez Louise. Et ce qui remonte au fur à mesure de la journée est de plus en plus nauséabond… J’ai aimé chez Jean-Baptiste Del Amo, l’écriture, et cette finesse d’analyse sur l’héritage psychanalytique générationnel. Comment fait-on pour échapper à ce qui semble être parfois un déterminisme, à ce qui est malgré soi inscrit dans notre histoire, et peut-être aussi dans nos gênes ? Louise a tenté d’opposer sa douceur à la violence d’Armand, mais avec discrétion. A-t-elle réussi à conjurer le sort ? Ou ses enfants doivent-ils lui en vouloir ? L’auteur présente ici une toile de relations complexes, que j’ai trouvé un peu exagérée en fin de livre. Une même famille peut-elle donc cumuler autant de mauvaises situations ? Malgré ce sentiment de fin de lecture, Jean-Baptiste Del Amo est un auteur dont j’ai bien envie de continuer à suivre les écrits.

« Rien n’était plus rattrapable désormais. Il lui apparaissait que leur histoire, celle de leur famille, partie d’eux depuis des générations oubliées, les recoins les plus obscurs d’une généalogie, pouvait se répéter sans cesse, sans que jamais ils parvinssent à y mettre un terme, à enrayer la machine, bloquer les rouages, dévier de route. Albin songea que l’histoire de leur famille, commune et si particulière, pouvait être en définitive, l’histoire de tous. »

Editions Folio – décembre 2011

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Une autre lecture chez… Liliba

Un roman lu dans le cadre de…

Lectures 2021

Alicia, Eileen Hofer & Mayalen Goust… ma BD de la semaine !!

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Vous qui avez aimé les illustrations de Vies volées, vous allez retrouver ici, dans ce très bel album de chez Rue de Sèvres BD le trait très identifiable de Mayalen Goust… Nous sommes à La Havane, et Eileen Hofer, l’autrice, a choisi de nous présenter le destin de la très grande ballerine Alicia Alonso, sous un regard de 1959, mais également sous un autre regard, en 2011, celui d’Amanda, jeune ballerine en devenir. A travers ces deux portraits, l’album nous donne une vision impressionnante de l’ascension fulgurante de Alicia Alonso, danseuse étoile, que sa cécité progressive, n’a pas empêchée d’accéder au titre de « Prima ballerina assoluta ».  On voit également  comment, dans une période post-révolution de Cuba, le ballet national a été utilisé comme un outil de propagande. J’ai particulièrement aimé l’ambiance de 2011, suivre la petite famille de la jeune Amanda, se rendre compte des sacrifices que la danse nécessite dans leur contexte politique et économique. Manuela, mère célibataire, danseuse de music hall, est un personnage également très touchant. Amanda et Alicia seront amenées à se rencontrer, Alicia devenue une vieille femme, une icône, se comportant de manière un peu excentrique, et Amanda, son double contemporain… conduite implicitement à poursuivre l’histoire par son talent. La couverture peut donner une impression girly, sur laquelle il ne faut vraiment pas s’arrêter. Car Eileen Hofer et Mayalen Goust nous proposent dans cette BD une véritable plongée dans La Havane, à deux époques différentes, l’une expliquant l’autre. On apprend beaucoup. Personnellement, j’ignorais tout d’Alicia Alonso. Et j’ai refermé cet album, un peu rêveuse…

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Editions Rue de Sèvres – avril 2021

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Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui

Une autre lecture chez… Soukee de Bouquinbourg