Coups de coeur·Lectures 2022

Nina Simone, Sophie Adriansen… coup de coeur !

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❤ Je ne connaissais rien de la vie de Nina Simone avant d’ouvrir ce livre, seulement sa musique bien sûr, et j’avais eu quelques échos de sa personnalité. Dès très jeune, Eunice Waymon (le nom de naissance de Nina Simone) montre de grandes dispositions pour le piano. Elle reçoit des cours de solfège, grâce à la générosité de son entourage. Elle a vaguement conscience à l’époque des effets de la ségrégation, surtout lorsqu’elle doit manger à l’extérieur à cause de sa couleur, ou lorsqu’elle voit ses parents, obligés de céder leur place à des Blancs, à un concert où elle est pourtant la vedette. Pour la jeune Eunice, donner des concerts, rencontrer ainsi le succès, est une marche vers son grand objectif, devenir « la première concertiste classique noire en Amérique ». Elle y travaille avec acharnement, et y sacrifie tout. Mais elle se heurtera à un mur lorsque l’école prestigieuse dans laquelle elle avait toutes les chances de rentrer refuse sa candidature. Alors, elle commence à jouer dans des clubs, découvre sa voix, rencontre de nouveau le succès, un succès exponentiel sous le nom cette fois-ci de Nina Simone… En 1963, le militantisme rentre dans sa vie, avec cette arme redoutable qu’est la musique. Ce qui est immédiatement attachant dans cette biographie de Sophie Adriansen est le style que celle-ci utilise d’emblée, vif et impliqué, et de voir comment se construit une légende. J’ai appris énormément en lisant ce livre, sur Nina Simone, sur Eunice Waymon, sur les rêves brisés de cette dernière, et sur l’époque. On ne s’ennuie pas une seconde en lisant les péripéties de ce destin hors du commun. L’autrice a préféré privilégier le récit de la première partie de la carrière de Nina Simone et s’en explique en fin d’ouvrage. Mais elle démontre aussi comment peut être violente la prise de conscience du racisme dans un esprit ouvert, et comment la colère y germe alors. Sophie Adriansen a décidément tous les talents !

 Editions Charleston – 15 février 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Blandine

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Lectures 2022

La vie d’adulte, Sophie Adriansen & Eloisa Scichilone & Mauro Gandini… ma BD de la semaine !!

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Je suis une fidèle des publications de Sophie Adriansen. J’ai beaucoup aimé tout ce qu’elle a écrit par exemple sur la grossesse, le désir d’enfant et le post partum. Elle aborde dans cet album un sujet bien différent, un sujet qui me parle particulièrement en ce moment, alors que mes enfants grandissent et se cherchent… Au delà de ce thème, annoncé en titre, je crois que ce sont les dessins du couple d’illustrateurs avec lesquels elle a travaillé qui ont attiré aussi mon attention, car ils sont magnifiques !  L’histoire ? A l’occasion d’un petit accident de la route, Marina apprend qu’elle doit se faire opérer du cerveau. A presque trente ans, depuis peu au chômage et en plein questionnement au sujet de son couple, la voici brutalement contrainte de réfléchir au sens de sa vie. Elle cache même à sa mère son opération, décide de partir en Italie, et de ne plus donner signe de vie pendant quelques jours. Cette distance, les rencontres qu’elle fait, lui permettent de se connecter à l’enfant qu’elle était, à ses désirs profonds. Mange, prie, aime étant mon film doudou, j’ai aimé que Sophie Adriansen y fasse référence, puis s’en éloigne, restant proche ainsi de la vie réelle, qui a parfois bien plus d’imagination que l’on croit. C’est un album qui fait du bien, insuffle de l’espoir et un grand souffle de vie, malgré les obstacles et les découragements. Le passage en Italie est très dépaysant. A cet âge charnière qu’est la vingtaine, comment faire le tri entre les injonctions, les désirs profonds et la réalité ? Comment devenir adulte et ne plus en avoir peur ? Monsieur, qui ne lit pas de BD d’habitude, a été attiré par cet album, qu’il a lu avec plaisir, a adoré et a trouvé très poétique. L’originalité des dessins, leur côté flou, l’a d’abord désarçonné, avant de le séduire complètement. C’est un album qui peut plaire à tous donc, et qui emporte dans un voyage très attirant, au pays de soi-même.

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Editions First – 20 octobre 2022

 J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Stephie

Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui 

 

Lectures 2022

Au poil, Sophie Adriansen

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J’ai lu un des quatre premiers titres de cette toute nouvelle collection chez Magnard, La brève, destinée aux collégiens et qui aborde avec des textes courts des thèmes forts. J’adore les illustrations de couverture de Manon Bucciarelli… Dans celui-ci, nous découvrons Salomé, collégienne. Sa mère lui fait remarquer un beau jour que ses « poils aux pattes » commencent à « bien se voir ». Ni une ni deux, elle lui prend un rendez-vous chez l’esthéticienne. Ce moment sera vécu comme un enfer par la jeune fille, révoltée par ce diktat absurde et bien décidée à ne plus jamais retenter l’expérience. Mais, assumer ses poils, en France, qui plus est au collège, n’est pas une mince affaire. Elle se rendra compte, lors d’un voyage scolaire, qu’il en est tout autrement en Allemagne, par exemple. Quelle injustice ! Salomé se fait chahuter par ses camarades mais décide tout de même de camper sur ses positions… Sophie Adriansen profite de ce récit pour revenir sur l’histoire de l’épilation, qui existerait en réalité depuis – 3000 ans avant notre ère et aurait vécu des soubresauts, au rythme des modes. Il faut dire qu’aujourd’hui, il existe également un énorme marché commercial autour de cette pratique. Mais les tabous commencent à se lever, tout doucement. J’ai aimé dans le roman de Sophie Adriansen, la fraîcheur de Salomé, sa colère et sa détermination. Ce livre est un bon moyen d’aborder le sujet avec les adolescentes de son entourage. En scannant le QR code en quatrième de couverture, on peut, de plus, entendre le récit en version audio, et donc ici la voix de l’autrice. Il ne faut pas s’en priver. 

 Editions Magnard jeunesse – 9 mars 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2021

Hystériques, Sophie Adriansen

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Si, comme moi, vous avez aimé, avez été touché, par Le syndrome de la vitre étoilée, Linéa Nigra et La remplaçante de Sophie Adriansen, vous êtes prêts à ouvrir Hystériques. Mais si vous n’avez encore rien lu de Sophie Adriansen, et que lire sur la maternité vous intéresse, n’hésitez pas non plus… Car dans cet opus, la couverture vous en donne un indice, il est question d’utérus. Et sous le prétexte de raconter l’histoire d’une famille, l’autrice explore tous les mystères de ce drôle d’organe, que l’on pensait autrefois à l’origine de l’hystérie des femmes (rien que ça). Nous rencontrons ainsi Diane, Clémentine et Noémie, trois sœurs au parcours de maternité bien différents. Alors que Diane a eu un premier accouchement difficile, que Clémentine se réveille elle d’un déni vieux de 16 ans, Noémie apprend qu’il va falloir qu’elle subisse une hystérectomie. Sylviane, la mère, n’aime pas le tour que prennent les événements, entre révélations, intimités mises au grand jour et demandes gênantes. Comment devenir femme et mère quand parler règles et accouchements est un tel tabou chez ses parents ? Noémie est inscrite à un protocole qui induit un don d’utérus, de préférence celui de sa mère, ou d’une soeur. Réussira-t-elle à vivre son rêve de maternité ? Sophie Adriansen s’intéresse à beaucoup de thèmes autour de la procréation telle qu’elle est vécue aujourd’hui dans son roman, il est donc assez naturel de tomber, au détour d’une page, sur un élément qui touche, une scène, une réflexion, un passage. Et je vous préviens, quand le point est sensible, il peut remuer un peu : violences chirurgicales, maladies, grossesses non désirées, etc. Plus qu’un roman, Sophie Adriansen nous offre donc ainsi un panorama de nos rapports complexes avec notre utérus. Et il ne faut donc pas s’attendre à un récit romantique, comme le nom de la maison d’édition où il est édité pourrait le laisser à penser. C’est un voyage, chaotique au creux de nous même, que Sophie Adriansen nous propose et on s’attache aux figures féminines qu’elle a choisi pour le faire. J’ai été touchée pour ma part par sa manière d’aborder aussi plus largement la complexité des liens familiaux.

 Editions Charleston – juin 2021

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Une autre lecture chez… Anouk Library

Lectures 2021

La remplaçante, Sophie Adriansen et Mathou … ma BD de la semaine !!

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Je suis Sophie Adriansen depuis un moment, et j’ai particulièrement aimé Linea nigra, le roman où elle parle de cette aventure qu’est la maternité. Comme elle, Mathou vient aussi régulièrement au Printemps du livre de Montaigu… je n’ai donc pas été étonnée de ce rapprochement éditorial et que sorte cet album-là, fruit d’une très belle collaboration… Et pourtant c’est un sujet sensible qu’elles abordent toutes les deux ici, le post-partum. En ouvrant La remplaçante, vous n’êtes pas à l’abri, et moi la première, de revivre ce qu’il y a pu avoir de difficile dans vos accouchements. Le personnage de l’album vit en effet un après accouchement douloureux et culpabilisant, entre cette impression qu’un 38 tonnes lui est passé dessus, d’être nulle, que le père s’en sort bien mieux, la fatigue, et ce lien compliqué avec le bébé à mettre en place. Elle a alors le sentiment qu’une remplaçante ferait bien mieux qu’elle, saurait profiter de chaque instant, tout en assurant, plutôt que d’être anéantie ainsi par ce que sa vie est devenue et l’ampleur d’une tâche dont elle ne se sent pas capable… Heureusement, peu à peu la lumière apparaît au bout du tunnel, car les autres semblent chacun à leur tour valider son statut de mère… Je suis heureuse que cet album existe car il exprime ce que vivent sans doute beaucoup de femmes, et met aussi l’accent sur le peu de préparation que l’on reçoit pour s’occuper de son bébé (trois jours à la maternité ne peuvent suffire) et surtout à quel point la vie d’une jeune maman va être bouleversée (dévastée ?). Les dessins de Mathou, qui connaît un grand succès, vont permettre au plus grand nombre d’accéder à ce livre, mais aussi amène la légèreté qu’il faut au sujet, et j’en suis ravie. Je n’ai personnellement pas vécu ce post-partum-là, je m’en suis rendue compte à la lecture de cet album. Est-ce parce que fille d’une assistante maternelle et ayant fait beaucoup de baby-sitting, je n’avais pas peur et connaissais les gestes ? Je ne sais pas. Et pourtant, j’aurais pu, car je me suis souvent sentie nulle, très très seule, et extrêmement fatiguée. J’ai longtemps laissé par exemple le moment du bain à mon mari, persuadée qu’il tiendrait mieux que moi le petit corps au bord de l’eau sans flancher. J’ai eu ma fille aînée en juillet 2001. J’avais décidé de ne pas allaiter car atteinte d’une myopathie et devant déménager sur Paris pour un nouveau travail en septembre, j’avais peur d’être trop fatiguée pour assurer et je voulais surtout être là pour elle, le mieux possible, apprivoiser le lien. De plus, je crois que j’avais eu un diplôme en biberon à force de pouponner les enfants des autres, alors basta, ce serait aussi bien. Notre arrivée un 21 septembre 2001, dix jours après le 11 septembre, au pied des tours de la défense avec un bébé de deux mois dans un appartement froid et plein de cartons a été la sidération que vous pouvez imaginer. Mon fils est né en 2005, prématuré. J’ai vécu un mois de juin en néonatologie, furieuse et angoissée, furieuse que personne ne parle à l’époque de ces maternités là, furieuse de me sentir si seule (où les autres étaient-ils passés ?), triste et angoissée par une date de sortie sans cesse repoussée, inquiète pour mon bébé. Depuis, je déteste particulièrement le mois de juin. Malgré tout cela, le lien s’est fait immédiatement avec chacun de mes enfants, dès la naissance, viscéral et je dirais même animal, physique. L’amour et le bonheur étaient bien là. J’ai mesuré ma chance, à la lecture de cet album, de n’avoir jamais douté, malgré les difficultés, être la meilleure personne possible pour m’occuper d’eux. Je suis tellement triste, et tellement en empathie lorsque j’assiste aux difficultés des jeunes mères. Il est tellement évident que rien n’est assez fait dans la société pour empêcher cela ou aider, et je ne parle pas des injonctions. Il suffit pourtant de presque rien pour redonner confiance. J’ai aimé dans cet album les moments qui régénèrent et qui existent en effet, cette parole des autres, quand elle est bienveillante. Je n’oublierai jamais par exemple, la façon dont mon ancien médecin, une femme, savait me faire comprendre à quel point je faisais ce qu’il faut et j’étais le meilleur baromètre de la bonne santé de mes enfants. « Vous êtes inquiète, me demandait-elle souvent ? Non ? Alors moi non plus. » Je n’oublierai jamais cette femme de centre de loisirs qui prenait mon aînée à la demi journée dès que « j’en avais besoin ». Un album nécessaire, qui fera certainement beaucoup de bien à celles qui ont vécu un post-partum difficile et s’y reconnaîtront, mais aussi à toutes celles qui se sont senties parfois simplement maladroites dans leur maternité. Il m’a fait de l’effet à retardement, de mon côté, tous les souvenirs sont remontés… 

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Editions First – mai 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Tous les autres liens sont chez Stephie aujourd’hui

Une autre lecture chez… Stephie

Lectures 2021

Elle est le vent furieux ~ Sophie Adriansen, Marie Alhinho, Marie Pavlenko, Coline Pierré, Cindy Van Wilder, Flore Vesco

Ce recueil de nouvelles jeunesse est arrivé un beau jour dans ma boîte aux lettres accompagné de son puzzle, une belle idée qui a occupé toute la famille les jours suivants. Bien entendu, sa couverture a alors entretenu nos conversations… nous laissant dans le doute sur ce que le ELLE signifiait. Marie Pavlenko est à l’origine de ce projet… Et « si le vivant s’incarnait, si Dame Nature était une vraie personne, que ferait-elle en voyant les hommes maltraiter la Terre, faire fi des créatures qui partagent cette planète avec nous ? Elle serait tellement furieuse. » ELLE représente donc La Nature, incarnée dans la première nouvelle par une vieille dame qui arpente les rues de la capitale, sidérée par le comportement des humains autour d’elle. Elle décide alors de se venger. Les nouvelles suivantes donneront à chacune des autrices invitées l’occasion d’imaginer leur version du pire, entre cette destination de vacances envahie par des singes, ces corps soudain prisonniers de plantes, ce printemps qui n’arrive plus, ces enfants qui présentent des caractéristiques étranges proches des poissons et jusqu’à l’écriture qui est menacée de disparaître. A quoi joue-t-ELLE donc ? Aux Hunger Games version Dame Nature ? Le lecteur ne peut que faire un rapprochement évident avec les événements récents, cette pandémie qui peut laisser à penser qu’elle se venge de nous, en effet. Aurait-ELLE tort ? Le recueil donne sa version, se plaçant du côté de Gaïa, puis regardant les pauvres humains se démener dans l’enfer qu’ils ont eux-mêmes créé. J’ai été absolument prise à la gorge par chacune des nouvelles de ce livre, qui peut être mis dans toutes les mains, des plus jeunes aux plus âgés. L’écriture est fluide, comme il convient aux livres jeunesse, mais le propos est fin, la plume acérée et le constat troublant. Un recueil qui ne mâche pas ses mots, et qui va trouver une place de choix dans ma bibliothèque. Je recommande chaudement.

Editions Flammarion jeunesse – 6 janvier 2021

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Retrouvez [ici] une interview de Sophie Adriansen lors du premier confinement