Lectures 2021

Hystériques, Sophie Adriansen

hystériques

Si, comme moi, vous avez aimé, avez été touché, par Le syndrome de la vitre étoilée, Linéa Nigra et La remplaçante de Sophie Adriansen, vous êtes prêts à ouvrir Hystériques. Mais si vous n’avez encore rien lu de Sophie Adriansen, et que lire sur la maternité vous intéresse, n’hésitez pas non plus… Car dans cet opus, la couverture vous en donne un indice, il est question d’utérus. Et sous le prétexte de raconter l’histoire d’une famille, l’autrice explore tous les mystères de ce drôle d’organe, que l’on pensait autrefois à l’origine de l’hystérie des femmes (rien que ça). Nous rencontrons ainsi Diane, Clémentine et Noémie, trois sœurs au parcours de maternité bien différents. Alors que Diane a eu un premier accouchement difficile, que Clémentine se réveille elle d’un déni vieux de 16 ans, Noémie apprend qu’il va falloir qu’elle subisse une hystérectomie. Sylviane, la mère, n’aime pas le tour que prennent les événements, entre révélations, intimités mises au grand jour et demandes gênantes. Comment devenir femme et mère quand parler règles et accouchements est un tel tabou chez ses parents ? Noémie est inscrite à un protocole qui induit un don d’utérus, de préférence celui de sa mère, ou d’une soeur. Réussira-t-elle à vivre son rêve de maternité ? Sophie Adriansen s’intéresse à beaucoup de thèmes autour de la procréation telle qu’elle est vécue aujourd’hui dans son roman, il est donc assez naturel de tomber, au détour d’une page, sur un élément qui touche, une scène, une réflexion, un passage. Et je vous préviens, quand le point est sensible, il peut remuer un peu : violences chirurgicales, maladies, grossesses non désirées, etc. Plus qu’un roman, Sophie Adriansen nous offre donc ainsi un panorama de nos rapports complexes avec notre utérus. Et il ne faut donc pas s’attendre à un récit romantique, comme le nom de la maison d’édition où il est édité pourrait le laisser à penser. C’est un voyage, chaotique au creux de nous même, que Sophie Adriansen nous propose et on s’attache aux figures féminines qu’elle a choisi pour le faire. J’ai été touchée pour ma part par sa manière d’aborder aussi plus largement la complexité des liens familiaux.

 Editions Charleston – juin 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Anouk Library

Lectures 2021

La remplaçante, Sophie Adriansen et Mathou … ma BD de la semaine !!

laremplaçante

Je suis Sophie Adriansen depuis un moment, et j’ai particulièrement aimé Linea nigra, le roman où elle parle de cette aventure qu’est la maternité. Comme elle, Mathou vient aussi régulièrement au Printemps du livre de Montaigu… je n’ai donc pas été étonnée de ce rapprochement éditorial et que sorte cet album-là, fruit d’une très belle collaboration… Et pourtant c’est un sujet sensible qu’elles abordent toutes les deux ici, le post-partum. En ouvrant La remplaçante, vous n’êtes pas à l’abri, et moi la première, de revivre ce qu’il y a pu avoir de difficile dans vos accouchements. Le personnage de l’album vit en effet un après accouchement douloureux et culpabilisant, entre cette impression qu’un 38 tonnes lui est passé dessus, d’être nulle, que le père s’en sort bien mieux, la fatigue, et ce lien compliqué avec le bébé à mettre en place. Elle a alors le sentiment qu’une remplaçante ferait bien mieux qu’elle, saurait profiter de chaque instant, tout en assurant, plutôt que d’être anéantie ainsi par ce que sa vie est devenue et l’ampleur d’une tâche dont elle ne se sent pas capable… Heureusement, peu à peu la lumière apparaît au bout du tunnel, car les autres semblent chacun à leur tour valider son statut de mère… Je suis heureuse que cet album existe car il exprime ce que vivent sans doute beaucoup de femmes, et met aussi l’accent sur le peu de préparation que l’on reçoit pour s’occuper de son bébé (trois jours à la maternité ne peuvent suffire) et surtout à quel point la vie d’une jeune maman va être bouleversée (dévastée ?). Les dessins de Mathou, qui connaît un grand succès, vont permettre au plus grand nombre d’accéder à ce livre, mais aussi amène la légèreté qu’il faut au sujet, et j’en suis ravie. Je n’ai personnellement pas vécu ce post-partum-là, je m’en suis rendue compte à la lecture de cet album. Est-ce parce que fille d’une assistante maternelle et ayant fait beaucoup de baby-sitting, je n’avais pas peur et connaissais les gestes ? Je ne sais pas. Et pourtant, j’aurais pu, car je me suis souvent sentie nulle, très très seule, et extrêmement fatiguée. J’ai longtemps laissé par exemple le moment du bain à mon mari, persuadée qu’il tiendrait mieux que moi le petit corps au bord de l’eau sans flancher. J’ai eu ma fille aînée en juillet 2001. J’avais décidé de ne pas allaiter car atteinte d’une myopathie et devant déménager sur Paris pour un nouveau travail en septembre, j’avais peur d’être trop fatiguée pour assurer et je voulais surtout être là pour elle, le mieux possible, apprivoiser le lien. De plus, je crois que j’avais eu un diplôme en biberon à force de pouponner les enfants des autres, alors basta, ce serait aussi bien. Notre arrivée un 21 septembre 2001, dix jours après le 11 septembre, au pied des tours de la défense avec un bébé de deux mois dans un appartement froid et plein de cartons a été la sidération que vous pouvez imaginer. Mon fils est né en 2005, prématuré. J’ai vécu un mois de juin en néonatologie, furieuse et angoissée, furieuse que personne ne parle à l’époque de ces maternités là, furieuse de me sentir si seule (où les autres étaient-ils passés ?), triste et angoissée par une date de sortie sans cesse repoussée, inquiète pour mon bébé. Depuis, je déteste particulièrement le mois de juin. Malgré tout cela, le lien s’est fait immédiatement avec chacun de mes enfants, dès la naissance, viscéral et je dirais même animal, physique. L’amour et le bonheur étaient bien là. J’ai mesuré ma chance, à la lecture de cet album, de n’avoir jamais douté, malgré les difficultés, être la meilleure personne possible pour m’occuper d’eux. Je suis tellement triste, et tellement en empathie lorsque j’assiste aux difficultés des jeunes mères. Il est tellement évident que rien n’est assez fait dans la société pour empêcher cela ou aider, et je ne parle pas des injonctions. Il suffit pourtant de presque rien pour redonner confiance. J’ai aimé dans cet album les moments qui régénèrent et qui existent en effet, cette parole des autres, quand elle est bienveillante. Je n’oublierai jamais par exemple, la façon dont mon ancien médecin, une femme, savait me faire comprendre à quel point je faisais ce qu’il faut et j’étais le meilleur baromètre de la bonne santé de mes enfants. « Vous êtes inquiète, me demandait-elle souvent ? Non ? Alors moi non plus. » Je n’oublierai jamais cette femme de centre de loisirs qui prenait mon aînée à la demi journée dès que « j’en avais besoin ». Un album nécessaire, qui fera certainement beaucoup de bien à celles qui ont vécu un post-partum difficile et s’y reconnaîtront, mais aussi à toutes celles qui se sont senties parfois simplement maladroites dans leur maternité. Il m’a fait de l’effet à retardement, de mon côté, tous les souvenirs sont remontés… 

laremplacanteplanche

Editions First – mai 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Tous les autres liens sont chez Stephie aujourd’hui

Une autre lecture chez… Stephie

Lectures 2021

Elle est le vent furieux ~ Sophie Adriansen, Marie Alhinho, Marie Pavlenko, Coline Pierré, Cindy Van Wilder, Flore Vesco

Ce recueil de nouvelles jeunesse est arrivé un beau jour dans ma boîte aux lettres accompagné de son puzzle, une belle idée qui a occupé toute la famille les jours suivants. Bien entendu, sa couverture a alors entretenu nos conversations… nous laissant dans le doute sur ce que le ELLE signifiait. Marie Pavlenko est à l’origine de ce projet… Et « si le vivant s’incarnait, si Dame Nature était une vraie personne, que ferait-elle en voyant les hommes maltraiter la Terre, faire fi des créatures qui partagent cette planète avec nous ? Elle serait tellement furieuse. » ELLE représente donc La Nature, incarnée dans la première nouvelle par une vieille dame qui arpente les rues de la capitale, sidérée par le comportement des humains autour d’elle. Elle décide alors de se venger. Les nouvelles suivantes donneront à chacune des autrices invitées l’occasion d’imaginer leur version du pire, entre cette destination de vacances envahie par des singes, ces corps soudain prisonniers de plantes, ce printemps qui n’arrive plus, ces enfants qui présentent des caractéristiques étranges proches des poissons et jusqu’à l’écriture qui est menacée de disparaître. A quoi joue-t-ELLE donc ? Aux Hunger Games version Dame Nature ? Le lecteur ne peut que faire un rapprochement évident avec les événements récents, cette pandémie qui peut laisser à penser qu’elle se venge de nous, en effet. Aurait-ELLE tort ? Le recueil donne sa version, se plaçant du côté de Gaïa, puis regardant les pauvres humains se démener dans l’enfer qu’ils ont eux-mêmes créé. J’ai été absolument prise à la gorge par chacune des nouvelles de ce livre, qui peut être mis dans toutes les mains, des plus jeunes aux plus âgés. L’écriture est fluide, comme il convient aux livres jeunesse, mais le propos est fin, la plume acérée et le constat troublant. Un recueil qui ne mâche pas ses mots, et qui va trouver une place de choix dans ma bibliothèque. Je recommande chaudement.

Editions Flammarion jeunesse – 6 janvier 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Retrouvez [ici] une interview de Sophie Adriansen lors du premier confinement

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Sophie Adriansen

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Sophie Adriansen a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Sophie,

Tu étais invitée au Printemps du livre de Montaigu cette année, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.

Tu as bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

  • On peut dire que tu écris actuellement pour tous les âges, pour les adultes aux éditions Fleuve, mais également pour la jeunesse, chez Magnard, Nathan et Gulf Stream. Je voulais me faire dédicacer un de tes derniers opus au Printemps du livre de Montaigu cette année, un roman jeunesse publié chez Magnard en octobre 2019, Le test, pourrais-tu nous le résumer en quelques mots ?

Le Test met en scène Madeleine, une lycéenne en classe de seconde qui tombe enceinte lors de sa première fois. Madeleine, dont les parents dirigent le prestigieux Grand Hôtel et sont toujours absents, est très seule et son petit ami la quitte lorsqu’elle lui apprend la nouvelle. Mais le choix que Madeleine va avoir à faire n’est pas celui auquel elle s’attendait…

  • Le public ne connaît pas forcément ton parcours d’écrivain. Peux-tu nous raconter ce saut professionnel que tu as fait il y a quelques années ? Et comment ton passage en tant que blogueuse a alors été important ?

Après un bac littéraire, j’ai fait des études d’économie et de communication avant de travailler pendant cinq ans pour un grand groupe financier. Parce que, malgré ma passion de l’écriture, on m’avait bien dit qu’écrivain n’était pas un métier. J’ai écrit mes deux premiers livres tout en étant salariée. A la parution du deuxième, j’ai décidé de me consacrer totalement à l’écriture. D’essayer, du moins. C’était il y a neuf ans… Dans l’intervalle, j’avais ouvert mon blog Sophielit, pour partager mes avis car je lis beaucoup. Je commençais à recevoir des propositions de services de presse, des invitations à des événements littéraires, etc. Les contacts que j’ai eus de cette manière ont facilité mes envois de manuscrits ensuite, car je n’étais plus totalement inconnue…

  • Tes livres jeunesse, surtout Max et les poissons (qui raconte la rafle du vel d’hiv à hauteur d’enfant), sont étudiés en classe. Tu fais donc de nombreuses rencontres scolaires. Peux-tu nous dire ce que ces rencontres t’apportent et pourquoi tu aimes écrire pour la jeunesse ?

Ces rencontres permettent de prolonger la vie des livres. Discuter d’écriture et de mon parcours donne des pistes à ceux qui aiment déjà écrire, notamment au collège. J’aurais adoré rencontrer un auteur quand j’étais adolescente. Nous parlons « métier » mais abordons également les sujets qui sont au cœur de mes livres. Dans le cas de Max et les poissons, le roman autour duquel je fais le plus d’interventions scolaires, nous évoquons la grande histoire mais aussi la manière dont elle résonne avec l’actualité. J’ai alors l’impression que mon livre a une vraie utilité, qu’il aide les citoyens en devenir à se construire. Les enfants sont plus ouverts que les adultes, ils accueillent les romans avec moins d’idées arrêtées…

  • Je parlais plus haut de tes écrits pour adultes. J’ai personnellement été très touchée par mes lectures de Le Syndrome de la vitre étoilée et Linea Nigra, qui racontent le désir d’enfant mais aussi les difficultés liées à la grossesse et au post partum. Dans un élan récent, le tabou des difficultés du post partum a été un peu plus évoqué dans les médias. Peux-tu nous expliquer l’importance de ces deux romans pour toi ?

La façon dont on naît est une question qui me passionne depuis près de vingt ans et que j’ai toujours considérée comme étant politique. Pour écrire Le Syndrome de la vitre étoilée puis Linea Nigra, j’ai mêlé le fruit de mes recherches sur le sujet à mon expérience personnelle – du désir d’enfant, de la PMA, de la grossesse, de l’accouchement. Cela ne signifie pas que ces romans sont autobiographiques, ils brassent les témoignages d’autres femmes et je ne suis pas Stéphanie – quoi que nous ayons un certain nombre de points communs. Mais ils concentrent malgré tout des aspects que je n’ai pas inventés, et cela, ajouté à l’importance que la naissance devrait de mon point de vue avoir dans la société, en font des livres qui comptent particulièrement dans ma bibliographie.

  • Tu as été la première marraine du premier salon 100 % féminin, les Littér’elles en 2018 à Noirmoutier. Pourrais-tu nous raconter ce que ce cela a signifié pour toi ?

Ce salon était une première, tout comme l’expérience de marraine pour moi. J’ai pris cela comme un honneur, et aussi une responsabilité en termes d’image. J’étais heureuse que ce salon soit exclusivement féminin, et que tous les genres littéraires y soient représentés. C’est un excellent souvenir ; la gentillesse du public, la qualité des nombreuses tables-rondes et le beau temps sur l’île y ont largement contribué. Ah, se baigner à Noirmoutier la veille de la rentrée…  Et puis, j’en ai rapporté de la matière : quelques mois après, j’ai écrit Maëlle met son grain de sel (paru en janvier dernier), dont l’histoire se déroule principalement sur l’île.

  • Je sais aussi que tu es très impliquée dans le combat pour un meilleur encadrement du droit des auteurs. Veux-tu nous en dire quelques mots ?

Pour des centaines de milliers de personnes comme moi, l’écriture est un métier à temps plein. Comme les autres travailleurs, nous payons des charges sur ce que nous percevons. Cependant, et alors même que nos œuvres permettent à toute la chaîne du livre de vivre, nous n’avons pas les mêmes protections que les autres travailleurs… Notre précarité est grande et le moindre changement législatif peut faire vaciller la profession. En plus d’adhérer à plusieurs organisations (dont la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse), je fais partie des membres fondateurs de la Ligue des auteurs professionnels, créée en septembre 2018, qui œuvre à nous protéger et à obtenir un véritable statut pour les auteurs.

  • Et enfin, depuis quelques années, tu as quitté la région parisienne pour la Bretagne. Pourrais-tu nous expliquer ce que cela t’a apporté et ce que cela a changé dans ta façon d’exercer ton métier d’écrivain ?

D’abord, une surface habitable multipliée par 6 (je vivais dans Paris) et un grand jardin ! Ce qui n’est pas négligeable pour laisser les idées se balader… Mais le principal changement réside dans le fait que j’ai désormais une pièce dédiée à mon travail, aux murs couverts de livres du sol au plafond. J’ai récupéré un vieux bureau de notaire dont les rallonges sont en permanence dépliées, ce qui me permet de disposer d’une grande surface pour étaler les pages de manuscrits. Enfin, étonnamment, je prends plaisir à situer certains textes dans la capitale ; quand j’y vivais, je préférais m’en échapper…

Un grand merci à toi Sophie.

Merci Antigone ! A bientôt quand même, j’espère.

http://www.sophieadriansen.fr/

Lectures 2019

Je ne suis pas un héros, Sophie Adriansen

Je lis toujours avec grand plaisir Sophie Adriansen, j’ai donc sauté sur l’occasion de recevoir son dernier livre jeunesse avec la dernière opération Masse critique de chez Babélio… Et encore une fois, Sophie Adriansen a le talent de s’attaquer à un sujet difficile avec sa délicatesse de ton et sa dextérité habituelle. Bastien n’est pas un héros. Il ne souhaite pas recueillir chez lui la famille de réfugiés installée près de la boulangerie. On ne peut pas accueillir chez soi toute la misère du monde, se plaît-il à penser. Mais un jour que la pluie tombe avec force, sa mère entraîne la mère et ses deux filles pour les installer dans leur appartement. La chambre d’amis ne sert pas en ce moment. Bastien est furieux et ne fait rien pour être agréable, alors que sa petite soeur (qui en avait eu l’idée dès le départ) est folle de joie. Le petit garçon ne veut rien changer à ses habitudes, ni partager ses parents, ni sa grand-mère, rien. Ils étaient si bien tous les quatre, avant l’arrivée des olives, comme il les appelle. Pourtant, il est assez subjugué par leur capacité d’émerveillement devant les nouveautés. On présente aux deux petites filles ce qui fait le quotidien de Bastien et de sa famille, le parc par exemple, et plus tard la mer, le restaurant. Pendant ce temps, sa mère se démène pour que la petite famille accueillie puisse bénéficier d’une meilleure situation. On court les associations, on recherche un interprète. Et les actions commencent à porter leurs fruits. La mère des fillettes trouve un travail. Les petites filles vont à l’école de Bastien et Capucine. Elles ont des nouvelles du pays. Sophie Adriansen ne tombe pas dans la facilité avec ce sujet et évite avec brio les poncifs. Elle prend le point de vue de Bastien avec beaucoup de finesse et de respect pour ses peurs, qui sont des peurs d’enfant, mais témoignent aussi de nos propres craintes d’adultes devant l’inconnu. Il n’est peut-être pas facile au jeune lecteur d’éprouver de l’empathie pour ce jeune garçon qui résiste au sentimentalisme et à l’attachement et qui pourrait paraître dur aux coeurs tendres, mais c’est un discours sans filtre qui nous est donné, preuve que la tolérance s’apprend. J’ai encore une fois beaucoup aimé !

Editions Fleurus – avril 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une pépite du mardi pour Noukette et Jérôme

Coups de coeur·Lectures 2018

Papa est en bas, Sophie Adriansen

❤ Je n’attendais pas que la sortie de romans adultes en cette rentrée littéraire. Le rayon jeunesse regorge aussi de jolies nouveautés… et j’attendais cette nouveauté du jour avec impatience. Avec Sophie Adriansen, j’ai toujours la certitude que je vais aimer lire ce que je vais lire, même si il s’agit comme ici d’un petit roman recommandé à partir de 10 ans. En effet, on retrouve dans ses mots l’humour, la distance respectueuse, l’intelligence qui la caractérisent. Et puis le thème m’intéressait. Dans Papa est en bas, nous rentrons dans l’intimité d’une petite famille, sous le regard de la petite fille de la maison. Quelque chose ne va pas. Papa doit renoncer petit à petit à bien trop d’activités, les efforts sont de plus en plus difficiles. Que se passe-t-il ? Papa finira par avouer qu’il est atteint d’une maladie qu’il appelle pudiquement du joyeux terme de Tartiflette, mais dégénérative, et sans espoir. Jusqu’à ce que Papa ne puisse même plus monter les escaliers et s’installe définitivement en bas. Le trio rivalise d’idées pour rendre le quotidien le plus léger possible et surtout ne pas se laisser entraîner par la morosité. Maman ne perdra presque jamais son sourire. Et l’amour inonde cette maison, ainsi qu’un grand appétit de vivre, alors pourquoi s’attrister. Crêpe partie sur le lit médicalisé. Participation au jeu des 10 000 que Papa gagne haut la main. Il s’agit d’essayer tous les nouveaux gadgets qui rentrent dans la maison, comme le monte escalier installé au début de la maladie, ou ce fauteuil qui permet à Papa de gagner des courses. Mais c’est l’occasion d’observer également combien rien n’est adapté aux personnes en condition de handicap, combien les gens sont parfois désagréables, et combien la vie peut s’avérer parfois aussi bien injuste. J’appose sur ce petit roman jeunesse un joli coup de coeur car il m’a beaucoup touché. Bien entendu, on y retrouve le ton caractéristique des romans de cet âge, un ton drôle et léger, qui permet d’ailleurs d’éviter le pathos et donne la pêche malgré le thème. Sophie Adriansen explique en fin d’ouvrage d’où provient l’idée de cette histoire, que l’expérience vécue auprès de son oncle lui a donné cette leçon : tant qu’on n’est pas mort, on est en vie. Un doux roman jeunesse qui questionne sur notre manière d’enchanter notre quotidien et montre la vie telle qu’elle est parfois, avec ses écueils, ses drames, ses espoirs et ses joies.

Editions Nahtan – 13 septembre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5