Lectures 2021

Arsène Lupin, Les origines ~ Gaultier & Deschodt & Abtey & Galopin

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J’ai longuement hésité devant cette évocation des origines d’Arsène Lupin, sortie tout d’abord en épisodes chez Rue de Sèvres BD, car les dessins, sombres, ne me tentaient guère. Puis, ayant vu en famille la seconde saison de Lupin (version Omar Sy) sur Netflix dernièrement, j’ai craqué sur la proposition de l’éditeur devant une version intégrale, regroupant les trois premiers albums édités… Il est bien entendu très intéressant de se demander comment on devient Arsène Lupin, ce personnage inventé par Maurice Leblanc et que l’on connaît mieux sous les traits du célèbre gentleman cambrioleur au chapeau haut de forme et à l’allure distinguée. Le jeune garçon, que l’on découvre affublé de yeux vairons, n’est pas encore devenu ainsi, et n’a pas eu un destin facile, d’abord le bagne de Haute-Boulogne, puis le pensionnat suisse. Son enfance dans la rue avait déjà avant ça forgé son caractère. Le jeune homme est, suite à ses premiers déboires, pris en charge par des mentors, aimé. Mais abandonné par le sort, et par la violence d’affaires qui ne le concernent pas, il doit se résoudre à se lier avec l’ombre. Courageux, Arsène apprend vite, comprend vite et a l’intelligence des survivants que le désir de vengeance finit par tarauder. A réception de l’album, volumineux et très beau, je me suis très vite rendue compte qu’en réalité les dessins de Christophe Gaultier ne me dérangeaient pas. Leurs traits sombres conviennent très bien en effet à l’histoire racontée, notamment cette période terrible du bagne que traverse le jeune Arsène, mais qui lui permettra de faire la connaissance de son ami Jacob. J’ai été plus gênée en réalité par la vitesse du scénario, qui m’a paru pour le coup confus et agité. Il m’a fallu parfois revenir en arrière et relire certains passages pour comprendre ce qu’il se passait et où nous emmenait le turbulent Arsène. Pour autant, arrivée à la fin de l’album, j’ai aimé saisir toute la complexité du personnage d’Arsène Lupin, expliquée ainsi par les évènements relatés dans cet album intégral qui est sans conteste par ailleurs un très bel objet mais que j’aurais voulu aimer davantage.

arseneplanche

Editions Rue de Sèvres – juin 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture sur… Babelio

 

Lectures 2021

Alicia, Eileen Hofer & Mayalen Goust… ma BD de la semaine !!

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Vous qui avez aimé les illustrations de Vies volées, vous allez retrouver ici, dans ce très bel album de chez Rue de Sèvres BD le trait très identifiable de Mayalen Goust… Nous sommes à La Havane, et Eileen Hofer, l’autrice, a choisi de nous présenter le destin de la très grande ballerine Alicia Alonso, sous un regard de 1959, mais également sous un autre regard, en 2011, celui d’Amanda, jeune ballerine en devenir. A travers ces deux portraits, l’album nous donne une vision impressionnante de l’ascension fulgurante de Alicia Alonso, danseuse étoile, que sa cécité progressive, n’a pas empêchée d’accéder au titre de « Prima ballerina assoluta ».  On voit également  comment, dans une période post-révolution de Cuba, le ballet national a été utilisé comme un outil de propagande. J’ai particulièrement aimé l’ambiance de 2011, suivre la petite famille de la jeune Amanda, se rendre compte des sacrifices que la danse nécessite dans leur contexte politique et économique. Manuela, mère célibataire, danseuse de music hall, est un personnage également très touchant. Amanda et Alicia seront amenées à se rencontrer, Alicia devenue une vieille femme, une icône, se comportant de manière un peu excentrique, et Amanda, son double contemporain… conduite implicitement à poursuivre l’histoire par son talent. La couverture peut donner une impression girly, sur laquelle il ne faut vraiment pas s’arrêter. Car Eileen Hofer et Mayalen Goust nous proposent dans cette BD une véritable plongée dans La Havane, à deux époques différentes, l’une expliquant l’autre. On apprend beaucoup. Personnellement, j’ignorais tout d’Alicia Alonso. Et j’ai refermé cet album, un peu rêveuse…

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Editions Rue de Sèvres – avril 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui

Une autre lecture chez… Soukee de Bouquinbourg

Lectures 2021

Les Indésirables, Kiku Hughes… ma BD de la semaine !!

En décembre 1941, le Japon frappe la base navale américaine de Pearl Harbor. Suite à cette frappe, l’opinion publique américaine bascule. Un décret est alors signé accordant aux militaires de pouvoir arrêter et incarcérer toute personne d’origine japonaise. 120 000 nippo-américains seront donc arrêtés et incarcérés de force dans des camps d’internement à cette période… Les éléments racontés dans cet album sont un mélange de réel et de fiction. Kiku Hughes imagine en effet un procédé de déplacement dans le temps pour raconter l’histoire de sa grand-mère, qui a vécu ces événements alors qu’elle était encore adolescente. Nous retrouvons donc Kiku, adolescente d’aujourd’hui, transposée dans les années 40, prise contre son gré dans le groupe des nippo-américains détenus. Elle partage ainsi le quotidien de sa grand-mère, tout en n’osant guère l’approcher. Elle se rend compte qu’elle ne connaissait rien de ce passé. La langue japonaise a disparu de sa famille, et bon nombre de traditions aussi. Ceci s’explique par le traumatisme de cet enfermement forcé et surtout par la légende de « minorité modèle » dans laquelle les nippo-américains se sont ensuite enfermés dans les années 60. J’ai beaucoup aimé le procédé qui permet à Kiku Hughes d’effectuer des liens subtils entre présent et passé. Le lecteur ne croit pas deux secondes à la réalité de ce transport dans le temps mais bizarrement ne peut en vouloir à l’auteure tant tout ce qu’on apprend par ce biais est édifiant. Dans le présent, l’investiture de Trump et ses discours jettent un voile inquiétant qui aident à la remontée des souvenirs douloureux. Le graphisme est doux et simple et est au service de la découverte de ce pan de l’histoire méconnu, qui méritait effectivement que l’on s’y intéresse.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Mes échappées livresques

Editions Rue de Sèvres – 6 janvier 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020

Soeurs d’Ys ~ MT Anderson & Jo Rioux… ma BD de la semaine !!

La couverture de cet album est absolument magnifique, non ? Je ne pouvais pas passer non plus à côté de cette légende de la ville engloutie d’Ys. Lorsque j’étais enfant, l’image d’un cheval au galop, d’un père qui pousse dans les flots sa fille adorée, m’avait beaucoup troublée. Mais c’est surtout l’évocation ensuite d’une possibilité d’une ville recouverte par la mer, au large de la Bretagne, qui m’avait intéressée… Dans cette version BD de la légende d’Ys, nous revenons bien avant la naissance des soeurs, alors que leurs parents se choisissent et que leur mère promet à leur père de lui construire la ville royale de ses rêves. Elle tient sa promesse. La ville d’Ys est merveilleuse, mais aussi enchantée, protégée de l’extérieur par des monstres marins. Au décès prématuré de leur mère, le père des deux soeurs sombre dans la tristesse et les deux jeunes filles s’inquiètent du sort de la cité. Tandis que Rozenn, la plus âgée, l’héritière, s’enfuit tous les jours dans la nature, loin du château, Dahut, la plus jeune, festoie, reçoit, et ôte toutes les nuits la vie de ses prétendants. Ce fragile équilibre, qui n’en est pas un en réalité, fait de malédictions et de sorts, tiendra-t-il encore longtemps ? Tout est très beau dans cet album, les dessins, le camaïeu de verts, d’oranges et de bruns. J’ai peut-être manqué un peu d’explications sur certains passages, traités rapidement. Et je me rends compte que les bulles écrites à l’ordinateur me gênent de plus en plus. Mais il s’agit ici de se laisser emporter par une ambiance, une atmosphère féérique sombre, et cette BD de ce côté là fait admirablement le job. C’est un album que l’on a envie d’offrir, dont j’ai envie que mes enfants s’inspirent pour leurs dessins… Les deux jeunes filles sont très bien croquées, les émotions rendues, la mer aussi. Bref, tout cela est vraiment très très beau. Un album que je suis fière d’avoir dans ma bibliothèque, nous qui sommes si sensibles à tout ce qui concerne la Bretagne et les contes celtiques.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Mylène

Rue de Sèvres – septembre 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020

Edmond, Léonard Chemineau… ma BD de la semaine !!

D’après la pièce d’Alexis Michalik

A la maison, nous aimons Cyrano de Bergerac. C’est une des rares pièces que ma grande fille accepte de voir au théâtre, si bien que nous en avons déjà vu plusieurs versions, dont une avec des playmobils, qui était très amusante… Cyrano de Bergerac est une pièce à succès. Mais comment est-elle née ? C’est ce que j’ignorais. Et c’est à cette question que cet album, qui est l’adaptation de la pièce d’Alexis Michalik, tente de répondre. Il répond également à la question suivante : pourquoi ne connaissons nous vraiment que cette production d’Edmond Rostand, et moins ses autres écrits ? A l’époque, en effet, Edmond Rostand est connu pour être un jeune auteur de pièces de théâtre barbantes, lyriques et ampoulées. Ses productions romantiques ont ses adeptes, mais elles attirent trop peu de public pour être des succès commerciaux. La Princesse Lointaine, jouée par Sarah Bernhardt, est un four. Ce sont des auteurs comme Courteline et Feydeau, adeptes de la prose, qui ont alors le vent en poupe. On le presse donc de rencontrer l’acteur Coquelin qui lui donne deux jours pour écrire une comédie. Un cafetier noir le met sur la piste. Edmond Rostand est tout feu tout flamme. Il picore grâce à son entourage des idées, et écrit des lettres d’amour pour son meilleur ami, qui vient de rencontrer une jeune actrice, remplies d’inspiration. Sa femme ne voit pas d’un très bon oeil cette nouvelle muse qui entre dans leur vie, mais Edmond bouillonne de nouveau et c’est plutôt bon signe. Coquelin aime les premières répliques. Les répétitions commencent dans un grand désordre, alors que la pièce n’est pas complètement écrite. J’avais repéré cet album, sorti en 2018, depuis des lustres… J’avais aussi beaucoup entendu parler de la pièce d’Alexis Michalik. J’ai pris un très grand plaisir de lecture à lire cette BD qui retranscrit très bien l’ambiance de la pièce Cyrano, puisque les événements suivent son scénario et reproduisent son énergie. Si vous aimez Cyrano de Bergerac, et si vous voulez en savoir plus, cet album est fait pour vous. De plus, il donne indubitablement envie d’aller au théâtre.

Une autre lecture chez… Vivre livre

Rue de Sevres – août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020

Vent mauvais, Cati Baur… ma BD de la semaine !!

Je suis une grande fan de l’adaptation par Cati Baur des romans Les quatre soeurs de Malika Ferdjoukh. Il est donc pour moi tout à fait évident de continuer de la suivre…  La couverture de cet album-ci est pour autant un peu plus angoissante et j’hésitais un peu pour tout dire à le lire, mais j’ai bien fait de céder à la tentation. En effet, dans cet album, le lecteur rencontre de biens attachants personnages. Il y a tout d’abord, Béranger, la quarantaine. Il a connu autrefois un grand succès avec l’écriture d’une comédie, qui repasse tous les ans à Noël à la télévision. Il est aujourd’hui divorcé, père de deux grandes filles, l’amant d’une femme indécise, et en pleine crise de milieu de vie. Sur un coup de tête, il décide de quitter Paris pour la campagne, et plus précisément pour une maison située à deux pas de gigantesques éoliennes, bien décidé à reprendre l’écriture d’un second scénario. L’idée est d’écrire une suite à son précédent succès… Il fait là-bas la rencontre de la déconcertante Marjolaine, conductrice du bibliobus, mais aussi d’habitants bien décidés à démanteler les éoliennes, alors que lui les trouve si inspirantes. Les deux filles de Béranger adhèrent différemment au projet, l’une est enthousiaste et se prend d’amitié pour la voisine, l’autre préfère des endroits plus à la mode pour s’amuser. Comment ce petit monde va-t-il finir par cohabiter ? Vous le saurez en ouvrant les pages de cette BD avec laquelle j’ai passé un bon moment, j’ai voyagé, et rencontré de véritables personnalités. Elle m’a donné, malgré le sifflement des éoliennes que l’on devine grâce au dessin toujours très vivant de Cati Baur, envie de retourner en vacances, où de m’installer dans des lieux plus authentiques, des endroits où tout le monde se connaît. Cela dit, il semblerait que la proximité des éoliennes rendent les gens un peu malades, ou un peu fous… je vais donc choisir un autre coin de France pour rêver, peut-être.

Une autre lecture chez… Mylène

Rue de Sevres – 10 juin 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5