Lectures 2021

Sous les galets la plage, Pascal Rabaté… ma BD de la semaine !!

souslesgaletslaplage

J’ai craqué sur ce magnifique album de Pascal Rabaté, curieuse de voir ce qu’il avait imaginé cette fois-ci, et puis l’évocation aussi des galets, de la plage, de Loctudy… Nous sommes à la fin de l’été, au début des années 60, à Loctudy (donc). Alors que les estivants sont sur le départ, restent Albert, Francis et Edouard, de futurs étudiants, bien décidés à prolonger leurs vacances et à profiter de leur liberté. Ce sont des « fils de bonnes familles », installés dans des maisons secondaires de la côte. Sur la plage, une nuit, ils font la rencontre d’Odette. Elle leur propose un bain de minuit qui émoustille les trois garçons. Ils ne se doutent pas qu’ils vont ainsi se faire piéger.  En effet, la jeune fille est liée à un groupe de cambrioleurs qui sévissent dans la région… Le choix des couleurs de la couverture vous donne une idée de l’intérieur, tout en nuances de gris. J’ai été assez bluffée par certains contre jours qui laissaient deviner les traits du visage des protagonistes. Le jeu des motifs sur les vêtements est également remarquable. Il donne l’impression que Pascal Rabaté joue avec nous et notre capacité à supporter des ronds, des carrés, des rayures, très noires. J’ai même cherché (un peu) le jeu, l’illusion d’optique recherchée. L’histoire ? Elle est prenante, mais manque peut-être d’originalité, et je dois avouer qu’on se lasse de tout ce gris. J’aurais aimé une trouée de luminosité et de couleurs je crois. Mais pour autant, Pascal Rabaté a très bien su rendre l’ambiance d’une « certaine époque » d’avant mai 68, où défier ses parents, choisir sa voie, son « chemin de traverse » était encore très rare, surtout dans ces familles aisées où l’avenir brillant était tout tracé et un carcan difficile à briser. Je me suis demandée pour autant en refermant cet album si la liberté d’aujourd’hui n’avait pas terriblement changé et ne pouvait pas regarder d’un oeil un brin indulgent mais condescendant la recherche de liberté d’hier. Un album dont je ressors peut-être un peu mitigée mais qui brille d’intelligence, qui brigue l’anarchie, qui annonce une révolution à venir où on cherchera cette fois-ci la plage sous des pavés. Une curiosité à découvrir pour les adeptes de Rabaté.

Editions Rue de Sèvres – 17 novembre 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui 

 

Lectures 2021

Le club des inadapté-e-s, Cati Baur & Martin Page… ma BD de la semaine !!

leclubdesinadaptes

Demain, je reprends normalement le chemin de mon club de lecture BD, organisé par ma médiathèque. Ce rendez-vous m’a beaucoup manqué, depuis le début de la crise sanitaire. Il était temps, en cette rentrée, que je reprenne aussi le chemin de la BD de la semaine, un rendez-vous auquel je tiens également. Et je viens justement de recevoir cet album, qui me faisait très envie.  Je crois que l’on peut dire que je suis devenue fan des dessins de Cati Baur, depuis ses versions des Quatre soeurs, et que je connais assez bien Martin Page, que je suis depuis longtemps sur les réseaux. Je n’ai par contre pas lu la version roman de ce titre, publié dans la collection Medium de l’Ecole des loisirs… Martin, Edwige, Erwan et Fred sont amis. Ils se retrouvent régulièrement dans leur cabane pour passer des moments ensemble. Ils s’appellent eux-mêmes avec ironie et tendresse le Club des inadaptés. Ils savent qu’ils sont tous les quatre un peu différents, et que les années collèges ne sont pas tendres avec la différence. Ainsi, lorsque Erwan se fait tabasser, ils ne sont pas si surpris. Tout cela est pourtant d’une violence extrême. Le groupe se rend compte que les ennuis ne font que continuer, comme si ils étaient maudits. Le père de Martin, médecin et récemment veuf, passe ses journées en pyjama, et reçoit ses clients ainsi. Le père d’Edwige vient d’être licencié. Erwan a alors l’idée d’inventer une machine qui rééquilibrerait les malheurs… Mais est-ce réellement une bonne idée ? Et si jamais sa machine fonctionnait ?… Le lecteur ressent immédiatement une grosse tendresse pour cette bande d’enfants attachants. Qui ne s’est jamais senti différent au collège se sentira en empathie avec eux. J’ai encore une fois adoré les dessins de Cati Baur, sa manière toujours tendre de croquer les corps de ses personnages. Les cases sont soignées et belles. On aimerait s’installer avec le club dans la forêt et profiter de cette étrange cabane qui ressemble à un rêve. Un très chouette moment de lecture qui a été comme une respiration dans un quotidien qui tend régulièrement à se normer, vous ne trouvez pas ? Un hymne à l’étrange, bienvenu.

leclubdesinadaptes

Editions Rue de Sèvres – 15 septembre 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui 

 

Lectures 2021

Arsène Lupin, Les origines ~ Gaultier & Deschodt & Abtey & Galopin

arsenelupin

J’ai longuement hésité devant cette évocation des origines d’Arsène Lupin, sortie tout d’abord en épisodes chez Rue de Sèvres BD, car les dessins, sombres, ne me tentaient guère. Puis, ayant vu en famille la seconde saison de Lupin (version Omar Sy) sur Netflix dernièrement, j’ai craqué sur la proposition de l’éditeur devant une version intégrale, regroupant les trois premiers albums édités… Il est bien entendu très intéressant de se demander comment on devient Arsène Lupin, ce personnage inventé par Maurice Leblanc et que l’on connaît mieux sous les traits du célèbre gentleman cambrioleur au chapeau haut de forme et à l’allure distinguée. Le jeune garçon, que l’on découvre affublé de yeux vairons, n’est pas encore devenu ainsi, et n’a pas eu un destin facile, d’abord le bagne de Haute-Boulogne, puis le pensionnat suisse. Son enfance dans la rue avait déjà avant ça forgé son caractère. Le jeune homme est, suite à ses premiers déboires, pris en charge par des mentors, aimé. Mais abandonné par le sort, et par la violence d’affaires qui ne le concernent pas, il doit se résoudre à se lier avec l’ombre. Courageux, Arsène apprend vite, comprend vite et a l’intelligence des survivants que le désir de vengeance finit par tarauder. A réception de l’album, volumineux et très beau, je me suis très vite rendue compte qu’en réalité les dessins de Christophe Gaultier ne me dérangeaient pas. Leurs traits sombres conviennent très bien en effet à l’histoire racontée, notamment cette période terrible du bagne que traverse le jeune Arsène, mais qui lui permettra de faire la connaissance de son ami Jacob. J’ai été plus gênée en réalité par la vitesse du scénario, qui m’a paru pour le coup confus et agité. Il m’a fallu parfois revenir en arrière et relire certains passages pour comprendre ce qu’il se passait et où nous emmenait le turbulent Arsène. Pour autant, arrivée à la fin de l’album, j’ai aimé saisir toute la complexité du personnage d’Arsène Lupin, expliquée ainsi par les évènements relatés dans cet album intégral qui est sans conteste par ailleurs un très bel objet mais que j’aurais voulu aimer davantage.

arseneplanche

Editions Rue de Sèvres – juin 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture sur… Babelio

 

Lectures 2021

Alicia, Eileen Hofer & Mayalen Goust… ma BD de la semaine !!

alicia

Vous qui avez aimé les illustrations de Vies volées, vous allez retrouver ici, dans ce très bel album de chez Rue de Sèvres BD le trait très identifiable de Mayalen Goust… Nous sommes à La Havane, et Eileen Hofer, l’autrice, a choisi de nous présenter le destin de la très grande ballerine Alicia Alonso, sous un regard de 1959, mais également sous un autre regard, en 2011, celui d’Amanda, jeune ballerine en devenir. A travers ces deux portraits, l’album nous donne une vision impressionnante de l’ascension fulgurante de Alicia Alonso, danseuse étoile, que sa cécité progressive, n’a pas empêchée d’accéder au titre de « Prima ballerina assoluta ».  On voit également  comment, dans une période post-révolution de Cuba, le ballet national a été utilisé comme un outil de propagande. J’ai particulièrement aimé l’ambiance de 2011, suivre la petite famille de la jeune Amanda, se rendre compte des sacrifices que la danse nécessite dans leur contexte politique et économique. Manuela, mère célibataire, danseuse de music hall, est un personnage également très touchant. Amanda et Alicia seront amenées à se rencontrer, Alicia devenue une vieille femme, une icône, se comportant de manière un peu excentrique, et Amanda, son double contemporain… conduite implicitement à poursuivre l’histoire par son talent. La couverture peut donner une impression girly, sur laquelle il ne faut vraiment pas s’arrêter. Car Eileen Hofer et Mayalen Goust nous proposent dans cette BD une véritable plongée dans La Havane, à deux époques différentes, l’une expliquant l’autre. On apprend beaucoup. Personnellement, j’ignorais tout d’Alicia Alonso. Et j’ai refermé cet album, un peu rêveuse…

aliciaab   aliciaa

Editions Rue de Sèvres – avril 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui

Une autre lecture chez… Soukee de Bouquinbourg

Lectures 2021

Les Indésirables, Kiku Hughes… ma BD de la semaine !!

En décembre 1941, le Japon frappe la base navale américaine de Pearl Harbor. Suite à cette frappe, l’opinion publique américaine bascule. Un décret est alors signé accordant aux militaires de pouvoir arrêter et incarcérer toute personne d’origine japonaise. 120 000 nippo-américains seront donc arrêtés et incarcérés de force dans des camps d’internement à cette période… Les éléments racontés dans cet album sont un mélange de réel et de fiction. Kiku Hughes imagine en effet un procédé de déplacement dans le temps pour raconter l’histoire de sa grand-mère, qui a vécu ces événements alors qu’elle était encore adolescente. Nous retrouvons donc Kiku, adolescente d’aujourd’hui, transposée dans les années 40, prise contre son gré dans le groupe des nippo-américains détenus. Elle partage ainsi le quotidien de sa grand-mère, tout en n’osant guère l’approcher. Elle se rend compte qu’elle ne connaissait rien de ce passé. La langue japonaise a disparu de sa famille, et bon nombre de traditions aussi. Ceci s’explique par le traumatisme de cet enfermement forcé et surtout par la légende de « minorité modèle » dans laquelle les nippo-américains se sont ensuite enfermés dans les années 60. J’ai beaucoup aimé le procédé qui permet à Kiku Hughes d’effectuer des liens subtils entre présent et passé. Le lecteur ne croit pas deux secondes à la réalité de ce transport dans le temps mais bizarrement ne peut en vouloir à l’auteure tant tout ce qu’on apprend par ce biais est édifiant. Dans le présent, l’investiture de Trump et ses discours jettent un voile inquiétant qui aident à la remontée des souvenirs douloureux. Le graphisme est doux et simple et est au service de la découverte de ce pan de l’histoire méconnu, qui méritait effectivement que l’on s’y intéresse.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Mes échappées livresques

Editions Rue de Sèvres – 6 janvier 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020

Soeurs d’Ys ~ MT Anderson & Jo Rioux… ma BD de la semaine !!

La couverture de cet album est absolument magnifique, non ? Je ne pouvais pas passer non plus à côté de cette légende de la ville engloutie d’Ys. Lorsque j’étais enfant, l’image d’un cheval au galop, d’un père qui pousse dans les flots sa fille adorée, m’avait beaucoup troublée. Mais c’est surtout l’évocation ensuite d’une possibilité d’une ville recouverte par la mer, au large de la Bretagne, qui m’avait intéressée… Dans cette version BD de la légende d’Ys, nous revenons bien avant la naissance des soeurs, alors que leurs parents se choisissent et que leur mère promet à leur père de lui construire la ville royale de ses rêves. Elle tient sa promesse. La ville d’Ys est merveilleuse, mais aussi enchantée, protégée de l’extérieur par des monstres marins. Au décès prématuré de leur mère, le père des deux soeurs sombre dans la tristesse et les deux jeunes filles s’inquiètent du sort de la cité. Tandis que Rozenn, la plus âgée, l’héritière, s’enfuit tous les jours dans la nature, loin du château, Dahut, la plus jeune, festoie, reçoit, et ôte toutes les nuits la vie de ses prétendants. Ce fragile équilibre, qui n’en est pas un en réalité, fait de malédictions et de sorts, tiendra-t-il encore longtemps ? Tout est très beau dans cet album, les dessins, le camaïeu de verts, d’oranges et de bruns. J’ai peut-être manqué un peu d’explications sur certains passages, traités rapidement. Et je me rends compte que les bulles écrites à l’ordinateur me gênent de plus en plus. Mais il s’agit ici de se laisser emporter par une ambiance, une atmosphère féérique sombre, et cette BD de ce côté là fait admirablement le job. C’est un album que l’on a envie d’offrir, dont j’ai envie que mes enfants s’inspirent pour leurs dessins… Les deux jeunes filles sont très bien croquées, les émotions rendues, la mer aussi. Bref, tout cela est vraiment très très beau. Un album que je suis fière d’avoir dans ma bibliothèque, nous qui sommes si sensibles à tout ce qui concerne la Bretagne et les contes celtiques.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Mylène

Rue de Sèvres – septembre 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5