Lectures 2021·Objectif PAL

Le sel, Jean-Baptiste Del Amo… mon objectif pal du mois !

lesel

Ce type de couverture attire tout naturellement monsieur à qui j’ai chipé ce livre pour le mettre dans ma PAL, il y a un moment de cela… Mais il ne m’avait rien raconté de son contenu. Jean-Baptiste Del Amo cite Virginia Woolf en incipit et nous avons le sentiment, en effet, en début de roman, d’être chez Mrs Dalloway ou dans Les heures de Michael Cunningham. Nous sommes en réalité à Sète, et Louise, veuve de pêcheur, doit recevoir à dîner ses enfants et petits enfants. Tout au long de la journée, jusqu’au dîner, vont remonter chez les protagonistes, des souvenirs souvent douloureux, beaucoup de rancoeur, et de fragiles moments de joie. Au-dessus de tout cela, flottent des fantômes, celui d’Armand, le père violent et complexe, celui de Léa, petite fille morte accidentellement et prématurément, celui de Fabrice, l’amant de Jonas, atteint du Sida. Louise a eu trois enfants avec Armand. Fanny, l’aînée, est la mère de Léa, mais aussi celle de Martin. Son couple ne s’est pas remis du drame et de l’absence. Albin, son frère, a été pris très tôt dans les filets d’Armand, éduqué comme un digne héritier de ses idées et de son savoir faire de pêcheur. Quelles sont les implications aujourd’hui de cette transmission ? Jonas, le plus jeune, le protégé de Louise, est gay. Il a été rejeté par son père, a connu le décès tragique de son amant Fabrice et tente aujourd’hui de vivre une vie sereine avec Hicham, son compagnon. Personne n’a réellement envie d’aller dîner chez Louise. Et ce qui remonte au fur à mesure de la journée est de plus en plus nauséabond… J’ai aimé chez Jean-Baptiste Del Amo, l’écriture, et cette finesse d’analyse sur l’héritage psychanalytique générationnel. Comment fait-on pour échapper à ce qui semble être parfois un déterminisme, à ce qui est malgré soi inscrit dans notre histoire, et peut-être aussi dans nos gênes ? Louise a tenté d’opposer sa douceur à la violence d’Armand, mais avec discrétion. A-t-elle réussi à conjurer le sort ? Ou ses enfants doivent-ils lui en vouloir ? L’auteur présente ici une toile de relations complexes, que j’ai trouvé un peu exagérée en fin de livre. Une même famille peut-elle donc cumuler autant de mauvaises situations ? Malgré ce sentiment de fin de lecture, Jean-Baptiste Del Amo est un auteur dont j’ai bien envie de continuer à suivre les écrits.

« Rien n’était plus rattrapable désormais. Il lui apparaissait que leur histoire, celle de leur famille, partie d’eux depuis des générations oubliées, les recoins les plus obscurs d’une généalogie, pouvait se répéter sans cesse, sans que jamais ils parvinssent à y mettre un terme, à enrayer la machine, bloquer les rouages, dévier de route. Albin songea que l’histoire de leur famille, commune et si particulière, pouvait être en définitive, l’histoire de tous. »

Editions Folio – décembre 2011

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Liliba

Un roman lu dans le cadre de…

Lectures 2021

Prisonniers du paradis, Arto Paasilinna… en mars je lis des livres prêtés !

prisonniers du paradis

Traduit du finnois par Antoine Chalvin

En mars, j’ai décidé de lire des livres prêtés. Et oui, je suis faible, et quand quelqu’un me propose un livre, malgré ma PAL gargantuesque, je dis bien souvent oui. J’aime en effet toutes les occasions qui permettent au hasard de mettre de nouveaux livres sur mon chemin… J’avais déjà lu Arto Paasilinna, sans doute Le lièvre de Vatanen ( je ne sais plus), et j’en gardais un souvenir réjoui. Et c’est sans aucun doute l’humour de Arto Paasilinna qui sauve ce récit et le rend si savoureux. Un avion s’échoue sur une île déserte. A son bord, principalement des infirmières et des bûcherons. Le narrateur, un journaliste finnois nous raconte les faits. Les naufragés s’organisent, cherchent de la nourriture, récupèrent le matériel enfermé dans le cockpit. Les hommes et les femmes se rapprochent, et heureusement l’avion transportait une cargaison de stérilets. Cette petite société part du principe que les biens privés sont exclus, ce qui évite les conflits. L’humour de Arto Paasilinna rend toutes les péripéties de ce récit à la Robinson Crusoe amusantes, sous un faux air sérieux. Les finlandais trouvent le moyen de distiller de l’alcool, un planning familial est mis en place pour poser les stérilets aux nombreuses femmes du camp, on cherche à imprimer dans la jungle de grandes lettres SOS sur des kilomètres, dans l’espoir qu’un satellite visualise le signal de détresse. Les naufragés, au fil des mois, finissent par s’installer dans un confort relatif qui leur donnerait presque envie de rester là, dans ce paradis, pour toujours. J’avais été assez déçue par ma lecture Des jours sauvages, à la dernière rentrée littéraire, qui raconte peu ou prou un naufrage du même acabit. Lire le roman de Arto Paasilinna m’a réconcilié avec le genre et m’a remis en mémoire combien j’aimais cet humour nordique particulier et si rafraîchissant.

Editions Folio – août 1998

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Doucettement

Lectures 2020·Objectif PAL

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère… mon objectif pal de septembre !

J’ai déniché ce poche dans la boîte à livres de ma ville l’an dernier. Je l’ai pris, à ce moment là, plus ou moins persuadée de l’avoir déjà lu… Tant pis, me suis-je dit, je le relirai. Mais je savais qu’il n’était pas dans ma bibliothèque, et j’avais envie qu’il y soit. Et alors que tout le monde lit Yoga du même auteur, en cette rentrée littéraire 2020, j’ai décidé de mon côté de faire de ce plus vieil opus ma lecture de PAL du mois. Très vite, j’ai du me rendre à l’évidence que je n’avais jamais lu ce récit, non plus que l’auteur d’ailleurs. C’est donc ainsi qu’Emmanuel Carrère, écouté il y a peu à La Grande Librairie, écrit, me suis-je dit de nouveau. D’une manière très intime et assez didactique. Je m’explique. D’autres vies que la mienne raconte en effet l’impact sur l’écrivain de deux morts assez violentes, celle d’une petite Juliette, alors qu’il est en vacances en Indonésie en 2004, et que se déclenche l’horrible tsunami, et celle de la sœur de sa compagne, prénommée elle aussi Juliette, d’un cancer, un peu plus tard. Or, il se trouve que cette jeune femme, d’apparence fragile, était juge d’instance au tribunal de Vienne (en Isère) et s’est battue, avec son collègue Etienne, pour préserver les droits des surendettés face aux grandes sociétés de prêts à la consommation. Voici donc Emmanuel Carrère se mettant en tête de nous en expliquer tous les tenants et aboutissants, les détails de la lutte, ainsi que les détails des contrats. J’ai trouvé, personnellement, que ces passages didactiques étaient un peu longs, et que même si ils donnaient de la consistance au personnage malade de Juliette, expliquaient son passé, sa force, ils n’étaient pas essentiels et perdaient un peu le lecteur. Et tout en appréciant par ailleurs ma lecture, je me suis demandée pourquoi on affublait certains récits féminins du terme autofiction et de littérature les récits masculins utilisant le même procédé. Vous avez remarqué ? Cela dit, étant bonne cliente du procédé, j’ai aimé, au final, lire ce récit qui m’a semblé sincère, pudique et à la fois littéraire et touchant. J’ai même versé ma petite larme face à cette conclusion qui résume tellement ce livre. Juliette avait trois jeunes enfants.

« Et moi qui suis loin d’eux, moi qui pour le moment et en sachant combien c’est fragile suis heureux, j’aimerais panser ce qui peut être pansé, tellement peu, et c’est pour cela que ce livre est pour Diane et ses sœurs. »

Editions Folio – avril 2013

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Un roman lu dans le cadre de…

Lectures 2020

Une femme au téléphone, Carole Fives

Vous vous en souvenez peut-être, j’ai assisté il y a peu à une rencontre avec Carole Fives, pendant laquelle elle a lu de larges extraits de ce texte, avec une mise en scène simple et efficace. Une sonnerie de téléphone rythmait la lecture. J’avais adoré. J’ai donc mis la main sur le livre… Il s’agit d’un roman téléphonique (écrit comme un roman épistolaire, mais au téléphone). Nous n’aurons d’ailleurs, tout au long du roman, qu’une partie des conversations téléphoniques, celles de Charlène, la soixantaine, cette femme au téléphone qui la plupart du temps se sent seule, malade et qui harcèle sa fille. Les réponses ne nous sont pas données mais l’imagination est capable de les retranscrire sans problème. Et parfois d’ailleurs seul le répondeur enregistre. Le personnage m’a émue. A la fois touchante et toxique, Charlène alterne pourtant les caresses et les reproches, telle une véritable douche écossaise. C’est un roman sur la solitude et la culpabilité, sur les choix de vie, mais aussi sur une certaine misère humaine… Charlène cherche l’amour sur internet, fustige ses enfants, et traverse pour autant l’épreuve du cancer avec un certain courage. Carole Fives nous renvoie à ce qu’il y a d’imparfait en nous, à nos attentes, mais aussi à notre manière de traiter notre entourage. En ces jours un peu troublés, comment communiquons nous ? Comment téléphonons nous ? Quels sont nos rapports avec nos proches ? Carole Fives nous a déclaré en rencontre, qu’il y avait un peu d’elle, et un peu de sa mère aussi dans ce personnage. A quel point sommes nous donc des Charlène en puissance ? J’ai sans doute préféré la version abrégée et auditive de la rencontre avec Carole Fives mais c’est un livre qui interroge et émeut, et fait aussi beaucoup sourire.

« J’aimerais bien que tu m’appelles chaque jour, l’heure qui te conviendra, disons, quand je me réveille le matin, vers sept-huit heures, et le soir, quand je cafarde, vers cinq-six heures. La journée, je me dirais, tiens, ça va être l’heure de son coup de fil, et après avoir raccroché, je repenserais à ce qu’on s’est dit. Je ne te demande pas grand-chose, juste entendre le son de ta voix, même si tu ne me dis rien de bien passionnant. Pour toi, ce n’est rien, mais moi, ça m’aide ; je ressens vachement la solitude affective. »

Editions Folio – décembre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Gambadou

Lectures 2020

C’est dimanche et je n’y suis pour rien, Carole Fives

J’ai adoré assister ce mois-ci à la lecture publique de Carole Fives d’Une femme au téléphone dans ma ville… Beaucoup d’humour, de dérision, de tristesse retenue dans sa lecture, qui m’a incitée à repartir avec deux livres, dont celui présenté aujourd’hui. Dans ce court roman, Léonore, la quarantaine, professeur de dessin, décide de partir vers le Portugal à la recherche de son premier amour. Rien que de très banal, diriez-vous ! Sauf que celui-ci est décédé depuis de nombreuses années. Léonore part en réalité à la recherche de sa tombe, après avoir enquêté en France en vain, avec la certitude à présent que son corps a été transféré dans son pays natal. Pourquoi cette quête si tardive ? Que va donc trouver Léonore là-bas ? José est mort à l’âge de dix-neuf ans. Il a repris sa voiture après avoir quitté Léonore, quinze ans, venue le retrouver sur son lieu de travail d’été. Depuis, le souvenir de l’accident, de sa culpabilité certaine, hante la jeune femme. Tout cela s’est passé en France, mais visiblement Léonore ne pourra pas faire l’économie du Portugal, ce pays dont José est parti contre son gré à l’âge de douze ans pour rejoindre ses parents. Carole Fives en profite d’ailleurs pour nous raconter de l’intérieur l’histoire des immigrations portugaises des années 70, l’installation en France, pas aussi glorieuse que souhaitée, et cette comédie des étés passés au pays, à laisser croire que fortune a été faite. Elle est très belle, et originale, cette histoire d’amour entre une femme de quarante ans et le fantôme d’un jeune homme encore très vivant dans sa mémoire. J’ai trouvé la quête de Léonore très poétique et émouvante. Malgré les démarches administratives et l’incompréhension de son entourage, elle sait qu’elle doit terminer leur histoire, se confronter à la réalité de la mort de José, voir sa tombe, pour enfin avancer. Lui avoir interdit de voir José accidenté avait laissé jusqu’à présent tout en suspend. En finit-on un jour avec son premier amour ? C’est ce à quoi Carole Fives tente de répondre dans ce roman où le Portugal use aussi de son charme avec une délicatesse envoûtante.

« Rien n’a changé, j’ai seulement vieilli, mais je reste cette adolescente qui apprend l’amour et la mort au même moment. L’amour et la mort si intimement liés, je les nomme l’amort.
L’amort c’est l’amour mais aussi la mort de tout nouvel amour possible.
L’amort c’est la condamnation même du projet amoureux. C’est le début, la fin, c’est l’absence, c’est vingt-cinq ans de mémoire figée. »

Editions Folio – décembre 2016

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2019·Objectif PAL

Lydia Cassatt lisant le journal du matin, Harriet Scott Chessman… mon objectif pal d’octobre !

Ce livre est arrivé en son temps dans ma boîte aux lettres avec un petit mot qui disait « dès que je l’ai lu j’ai pensé à toi ! »… Lorsque je l’ai repris il y a quelques jours, en quête d’un titre pour l’objectif pal, je me suis demandée, sans doute pour la seconde fois (car ce livre est arrivé dans ma BAL il y a plusieurs années), ce qu’avait voulu dire son expéditrice. Voilà qui était bien mystérieux, surtout que je lis très rarement le journal. Et puis, dès les premières pages j’ai su, en même temps que j’ai su que je faisais la rencontre du modèle de la couverture, j’ai su qu’il s’agissait de mon immense fatigue, et de la maladie de cette pauvre Lydia Cassatt. Contrairement à moi, sa maladie à elle était dégénérative, mais elle l’empêchait également de mener la vie dont elle rêvait et de poser par exemple à loisirs pour sa soeur Mary Cassatt. Nous sommes à Paris, fin XIXème siècle, Mary Cassatt s’est installée avec sa famille d’origine américaine dans une maison cossue, qu’elle quitte régulièrement pour se rendre à son atelier à quelques rues de là. Ce qu’elle aime par dessus tout est peindre sa soeur aînée Lydia et les membres de sa famille. Edgar Degas est de ses familiers. C’est lui qui va lui conseiller de se joindre aux impressionnistes. Il devient plus ou moins son maître et Harriet Scott Chessman laisse planer le doute sur une idylle qui aurait tourné court en raison de la volonté de Mary de ne rien perdre de sa liberté de peindre. Il est une ombre dans ce roman car c’est surtout la vie intime de Lydia Cassatt qui nous est contée, sa maladie du foie, mais aussi ses poses, et ces moments suspendus qu’elle passe avec Mary, elle peignant et Lydia posant. Et tout cela est très intéressant, fin, léger, comme les peintures qui nous sont montrées dans un livret au centre du livre. Nous voyons, par le prisme d’un modèle, la peinture en train de se faire. Mary Cassatt avait-elle conscience de peindre pour la postérité ? Oui, je dirais, sans doute, car elle le fait avec un sérieux inébranlable, certaine de sa place, indépendante, à l’instar de son amie Berthe Morisot pourtant elle-même mariée à Eugène Manet. Un beau portrait de femmes dans le Paris impressionniste de la fin du XIXème siècle et une ode à la sororité.

Editions Folio – avril 2009

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Cathulu